Description de la bête


Photo Henri ALLYOT

bdgsauguesMais qui donc sont-ce ces deux joyeuses et imprudentes bergères qui devisent allègrement, masquées par l’ombre du monstre ? 
Par chance, nous sommes en été 2003, en fait de monstre il ne s’agit que de la monumentale statue de la bête féroce taillée à la tronçonneuse dans des pièces d’arbres. 

Le regard de la bête féroce passe par dessus Saugues, en direction du mont Mouchet dont les flancs ont été le théâtre du plus grand nombre de ses agressions, et aussi vers la Sogne d’Auvers où Jean Chastel braconnier (*) notoire de la Besseyre St-Mary a tué la dernière bête le 19 juin 1767 vers dix heures du matin au cours d'une chasse dirigée par M. d'Apchier. 
(*) Braconnier au sens 18e siècle c'est-à-dire chasseur.

Nous sommes à gauche de la route de Saugues à Monistrol sur Allier, non loin du hameau de la Vachellerie.

Notes : Cette statue a été récemment remplacée car, après 15 ans de service, ses pattes de plus en plus pourries menaçaient ruines. La nouvelle statue a été réalisée autant que faire se peut à l’identique. On a pour cela utilisé un sapin de la Tenazeyre (Forêt au dessus d’Auvers en bordure de laquelle Jean Chastel a tué une bête) dont le diamètre était supérieur à un mètre. Le socle a été repris pour assurer un meilleur écoulement. Il manque encore la queue et la protection contre les intempéries par vernis.
Voici trois descriptions, les deux premières sont des descriptions faites en octobre et décembre 1764, la troisième est la description écrite dans le procès verbal de la mort du loup tué par Jean Chastel en juin 1767:

La première que nous connaissons est adressée vers le 10 octobre 1764 à M. de Moncan par M. de Lacoste, nous ne savons pas comment M. de Lacoste qui n’a jamais vu la bête ni rencontré de personne ayant vu la bête à cette époque a pu obtenir les détails fournis.

‘’Vous m'ordonnès de vous mander ce que c'est que cette bête féroce. On en sait pas le nom. Elle est plus grande qu'un loup, de couleur roussâtre avec une rée noire le long du dos, la tête extrêmement grosse et le museau pointu, une queue très longue.
Ceux qui l'ont veüe disent aussi que lorsqu’elle est après quelqu’un, elle s’érisse et devient énorme.
On dit qu'elle a dévoré douze personnes dans cette partie de pays; j'en sais au moins sept sans les bestes.
Elle leur coupe le col, leur mange la poitrine, l'estomac, le coeur et leurbetgev boit le sang.’’


Photo J. Chaze


La seconde est celle recueillie par M.Duhamel auprès de la jeune fille du Puech qui a vaillamment combattu la bête avec sa hache le 19 décembre 1764.

’…Je fis venir cette héroïne qui me montra la hache encore teinte du sang de la bête, dont elle me fit le portrait suivant :
Cet animal a la taille d’une vache ou taureau d’un an; la gorge et le ventre blancs, le poil du corps rouge et pas plus long que celui d’un loup, une bande noire le long du dos, dont le poil est fort long, la queue longue comme celle d’un cheval, fort touffue et rougeâtre, tirant un peu sur le noir.
Les pattes très fortes, avec six griffes de la longueur d’un doigt, tête noire, le front large, les yeux grands et étincelants et le museau de la longueur de celui d’un cochon avec cette différence que le bout du museau baisse au lieu de lever. La gueule est extraordinairement large (au moins d’un pied par le portrait que la fille m’en a fait). Les dents longues sont larges, pointues par le bout et distantes d’un demi-pouce l’une de l’autre. Les oreilles droites et pas plus longues que celles d’un loup.’’

La troisième est la description de la bête tuée le 17 juin 1767 par Jean Chastel. Elle fait partie du procès verbal établi à Besques le 20 juin 1767 par Maître Marin, notaire royal, bailli de l’abbaye royale des Chazes, St-Arcons, de la baronnie de Prades, Besques de Charraix, commis à la subdélégation de Langeac, pour le bon plaisir de Monseigneur de Ballainvilliers, intendant de cette province d’Auvergne, en l’absence de Monsieur le subdélégué.

‘’…étant au château de Besques, Monsieur le marquis nous a fait représenter cet animal qui nous a paru être un loup, mais extraordinaire, mais bien différent par sa figure et ses proportions des loups que l’on voit dans ce pays. C’est ce que nous ont certifié plus de 300 personnes de tous les environs qui sont venues le voir.
Plusieurs chasseurs et beaucoup de personnes connaisseuses nous ont effectivement fait remarquer que cet animal n’a de ressemblance avec le loup quepgravure bete 12 par la queue et le derrière. Sa tête comme on le verra par les proportions suivantes, est monstrueuse : Ses yeux ont une membrane singulière qui part de la partie inférieure de l’orbite venant au gré de l’animal recouvrir le globe de l’oeil. Son col est recouvert d’un poil très épais d’un gris roussâtre traversé de quelques bandes noires. Il a sur le poitrail, une grande marque blanche en forme de coeur. Ses pattes ont quatre doigts armés de gros ongles qui s’étendent beaucoup plus que celle des loups ordinaires. Elles ont ainsi que les jambes qui sont fort grosses, surtout celles du devant, la couleur de celle du chevreuil.
Cela nous parut une observation remarquable parce que de l’avis de ces mêmes chasseurs (mot rayé dans le texte) personnes connaisseuses et de tous les chasseurs, on n'a jamais vu aux loups de pareilles couleurs. Il a encore paru à propos d’observer que ses côtes ne ressemblent pas à celles du loup, ce qui donnait à cet animal la liberté de se retourner aisément, au lieu que les côtes des loups étant obliquement posées, ne lui permettent pas cette facilité…"
Suivent les proportions de l’animal, les descriptions d’anciennes blessures, le coup mortel la dénomination des témoins ayant reconnu l’animal et les signatures du rédacteur et des officiels.