Au XVIIIème siècle, les conditions de vie en Gévaudan sont difficiles. Il y a un énorme fossé entre la vie luxueuse des nobles seigneurs et la vie miséreuse de la population. Le même fossé existe dans le clergé, entre les riches chanoines pourvus en bénéfices ou en prébendes et l’indigence des curés et surtout des vicaires de campagne.

Riches et pauvres évoluent dans un cadre très bien structuré, avec des droits seigneuriaux et des droits ecclésiastiques pour assurer une discipline acceptée par tous

Le Gévaudan n’a jamais été une terre de récoltes abondantes à cause de ses sols pauvres et des aléas climatiques. Cependant, l’activité économique a connu quelque fois des résultats intéressants, par exemple, la première place pour la production française de laine, accompagnée d’une production artisanale de draps de qualité de réputation internationale.

Les conditions de vie en Gévaudan sont souvent précaires. C’est pour tenir compte de cette précarité que le Gévaudan disposait depuis longtemps d’institutions caritatives qui apportaient un certain équilibre entre les possédants et les démunis.


Les ruraux
La misère est quasi générale dans les campagnes, victimes immédiates des maigres récoltes, de longues périodes de disette et des impôts trop lourds.

Les fermes ou ‘’oustas’’ sont généralement en bois, les oustas en pierre n’apparaîtront qu’à la fin du XVIII ème siècle. Ces masures n’ont souvent qu’une seule pièce séparée de l’étable par une cloison en planche. Cette pièce sert de cuisine et de séjour avec dans un coin une alcôve où s’entassent pour dormir sur une même couche les parents et les jeunes enfants. Les grands enfants dorment sur une paillasse commune hors de l’alcôve. 

les rurauxLes travaux de la ferme consistent à s’occuper du bétail, aux travaux des champs au travail dans les bois, au filage et au tissage.

L’activité professionnelle d’un artisan doit souvent être complétée par une activité agricole pour assurer la subsistance de sa famille.

La progéniture est nombreuse et la mortalité infantile forte. Dès six à sept ans, les enfants vont garder le ou les cochons à l’enclos communal ou ‘’couderc’’. A huit ans, ils sont loués comme aide berger ou aide servante. Jusqu’à seize ans, les appointements dus aux enfants sont versés au père.

La suite de la ferme familiale est généralement assurée par le fils aîné. Celui-ci aura la charge d’abriter les vieillards jusqu’à la fin de leurs jours.

L’ambition de chaque famille est de donner au moins un enfant à l’Eglise, c’est autant une promotion sociale qu’un moyen de consolider son attachement à la religion.

Les fils ruînés doivent choisir, soit de trouver un parti, soit de migrer vers une région plus accueillante, soit de demeurer comme domestique à la ferme familiale, dans ce dernier cas ils restent généralement célibataires.

Le langage parlé par les gens de la campagne est le patois et il est nécessaire d’assurer la traduction lors de la rédaction de documents

Les pauvres
Au XVIII ème siècle, l’état de pauvre ou de mendiant encore appelé ‘’de gueux’’ était moins une condition sociale qu’une
mendiant 18profession. Profession dont l’oisiveté était la règle, et qui en temps normal assurait la subsistance sinon la considération.

Les pauvres de chaque paroisse formaient une sorte de corporation, ayant les mêmes droits que lescorps de métiers dont la capacité juridique.

On n'était guère humilié d’en faire partie et de se livrer à la mendicité, considérant comme un droitincontestable celui d’être nourri par les riches, moralement tenus de faire l’aumône aux nécessiteux.

Les gens d’église qui détenaient la plus grosse part des richesses mobilières et immobilières, y étaient dans la plupart des cas obligés légalement. S’ils s’y dérobaient, les pauvres ne manquaient pas de s’en plaindre à cor et à cris, voire par des menaces ou par voie judiciaire.


En plein XVIII ème siècle, plus de la moitié des habitants de Mende et environ un quart des habitants du Gévaudan sont mendiants.